Troubles psychiques et sexualité

On estime que 12 millions de personnes présenteraient des troubles psychiatriques en France (rapport Milon 2009) : en effet, les troubles de l’humeur concerneraient environ 13% des Français ; les troubles anxieux 20% ; la schizophrénie représenterait environ 1% de la population générale, et 1600000 personnes seraient atteintes de troubles bipolaires. 

On parle des symptômes, des traitements, de tout ce qui peut être mis en place en prévention de la rechute, mais jamais des répercussions de ces derniers sur la sexualité. Or, que le trouble dont on souffre soit passager ou chronique, quels sont ses impacts sur cette dimension particulière, et comment réagir ? 

Les troubles psychiques dits temporaires et leurs répercussions sur la sexualité

Les troubles anxieux passagers, épisodes dépressifs, ou encore burn out sont autant de problématiques qu’on peut rencontrer au cours de sa vie, dont on entend de plus en plus parler (ce qui en soi est une bonne chose : le tabou autour des « troubles psy » se lève progressivement, on les évoque donc plus facilement auprès de son médecin traitant, etc.), et qui sont de plus en plus pris en charge, du moins médicalement. 

De le cadre de la gestion de ces troubles, on a tendance à focaliser sur l’impact sur la qualité du sommeil et de l’alimentation, et sur la reprise du travail, mais très peu sur la sexualité.

Or cette dernière est tributaire de ce qu’on vit au quotidien, et les pathologies psychiques, même légères et passagères, ont une incidence dessus. Ce qui revient le plus dans le vécu des patients est la baisse de la libido, un désintérêt temporaire de la sexualité (qui peut avoir un impact sur le couple), mais également des difficultés érectiles ou des dysorgasmies. 

Ces troubles sexuels peuvent eux avoir une incidence sur l’estime de soi, la confiance en soi, le moral, et peuvent donc indirectement renforcer le trouble psychique de base, d’où la nécessité d’en parler rapidement à un professionnel de santé !

Les troubles psychiques chroniques et leurs répercussions sur la sexualité

On parle ici de la bipolarité, des troubles schizophréniques, de la dépression chronique et de certains troubles de la personnalité. 

Les symptomatologies en elles-mêmes ont déjà de gros impacts sur la vie sexuelle :

D’une part, la dépression et la bipolarité (lorsque le patient est en phase mélancolique) induisent une diminution voire une disparition totale de la libido. Les patients n’ont plus aucun désir sexuel, éprouvent à l’égard de cette dimension pulsionnelle désintérêt voire dégoût, et vivent parfois une véritable anesthésie du corps.

D’autre part, la bipolarité dans ses aspects maniaques, ainsi que certains troubles de la personnalité modifient le rapport à la sexualité et à la pulsion sexuelle dans certains cas, d’une manière inverse à ce que nous venons d’évoquer. La sexualité peut alors devenir plus impulsive, plus erratique, et les comportements sexuels peuvent devenir à risque (MST, mises en danger). 

Enfin, les troubles schizophréniques et les troubles délirants de manière générale, de par le rapport au corps qu’ils induisent (parfois inexistant, parfois étrange, parfois porteur de délire, etc.), modifient forcément le rapport à la sexualité. La sexualité peut ne plus exister, être vécue comme intrusive et angoissante, le corps peut être littéralement laissé de côté, etc. 

trouble psychique

Influence des traitements psychotropes sur la sexualité et la réponse sexuelle

Les traitements psychotropes qu’on donne à ces patients, s’ils permettent de reprendre pied, retrouver le réel, réguler l’humeur, regagner de l’énergie, gommer les idées noires, etc., ont malheureusement des effets secondaires non négligeables sur la sexualité : baisse de la libido, difficultés érectiles et/ou éjaculatoires, dysorgasmie/anorgasmie, diminution des sensations, prise de poids, etc. 

Si les patients retrouvent l’envie psychique de revivre une sexualité, cette dernière a bien du mal à se traduire corporellement. 

Les plaintes et préoccupations des patients à ce sujet sont d’ailleurs beaucoup plus fréquentes qu’on le pense, et peuvent même conduire dans certains cas à des ruptures de traitements contre avis médical (qui aboutissent la plupart du temps à des rechutes).

On focalise surtout sur la diminution des symptômes, ce qui est normal et évidemment la priorité au départ (surtout en cas d’idéation suicidaire et donc de risque vital), mais une fois que le patient est stabilisé, il est important de se pencher sur sa santé sexuelle !

N’oublions pas d’ailleurs que les traitements psychotropes ne sont qu’une partie de la prise en charge : la psychothérapie, la sexothérapie, l’éducation thérapeutique, la méditation, sont autant d’accompagnements complémentaires importants. 

Que faire par rapport à tout cela ?

De manière générale, il est indispensable de sortir du tabou, en libéral comme dans les services de psychiatrie (hôpitaux de jour, CMP, etc.) ; le professionnel doit apprendre à parler de ces sujets-là si le patient ne les aborde pas de lui-même, quitte à orienter vers des professionnels adaptés par la suite.

Puis, quelle que soit la pathologie (passagère ou chronique), il ne s’agit en aucun cas d’interrompre les traitements, mais de les adapter, car les patients réagissent différemment selon les molécules qu’on leur prescrit, et la différence sur la qualité de la sexualité peut être notable. Il ne faut donc pas hésiter à en parler avec son médecin.

Par ailleurs, l’adaptation de la sexualité est également importante, que ce soit dans le cadre d’une éducation thérapeutique sur les risques et MST, ou de la mise en place de facteurs aidants pour le patient (cadre sécure, tendresse, etc.). Un travail sur le corps  est la plupart du temps nécessaire (car dans les pathologies psy, ce dernier est bien souvent relégué au second plan voire oublié).

La sexothérapie peut donc être un allié de choix pour aider à retrouver son corps, l’accepter en cas de changement (prise de poids induite par les traitements), trouver des cadres sécures pour réexpérimenter l’intime, adapter la sexualité, travailler sur les troubles sexuels en eux-mêmes, etc.

En conclusion

La sexualité est encore trop tabou dans certains milieu médicaux, notamment dans le domaine de la psychiatrie. Il revient aux soignants et thérapeutes d’aborder le sujet avec les patients, de normaliser ces préoccupations complètement légitimes, ou si c’est délicat pour eux, d’orienter vers des professionnels adaptés pour le faire. 

La sexualité fait partie intégrante de la vie humaine, et elle devrait être prise en considération davantage, y compris dans le cadre de pathologies psychiques. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *